Mon travail s’articule autour des liens qui unissent le photographique et les mémoires. Je pense l’image selon ses conditions d’apparition et de disparition, selon ses permanences et ses métamorphoses. J’emprunte à la nature des motifs, notamment celui de l’eau. Il me renvoie à des souvenirs de ma petite enfance. J’aime noyer les nuances, rendre les contours vagues, user du flou. Je retranscris des paysages à la fois physiques et psychiques, souvent catastrophiques.

La photographie d’amateur m’interpelle. J’affectionne ses soi-disant ratés, ses narrations a priori très simples, ses situations déjà rencontrées, qui ne racontent plus une histoire anonyme, mais des récits communs. Avec soin, je rassemble les fragments, les bribes, les éléments dispersés pour éviter leur perte. Une attention est portée à la matériologie de l’image. Il s’agit d’une photographie amplifiée, d’un objet-mémoire dont nous sommes les passeur∙ses.

Les souvenirs nous hantent constamment. Je joue des ambiguïtés entre l’encore vif et le déjà mort. Ma conception du temps est plutôt cyclique. Mes pièces s’inscrivent dans un présent anachronique. Je réalise l’archivage de mon atelier, je l’enrichis et le réactive sans cesse. Je donne à voir un processus infra-mince, infra-ordinaire, celui de ma pratique plastique, de mon expérience quotidienne, de ma mémoire.